Le mythe des *chevals
L’astérisque (*) indique une forme fautive.
Depuis quelques années circule, entre autres dans le milieu de l’éducation, l’affirmation suivante : on pourrait utiliser le pluriel *chevals au lieu de chevaux. Les rumeurs prétendent que cette décision proviendrait d’une autorité linguistique. On sous-entend qu’elle s’appliquerait à tous les mots en –al. On parle d’un pluriel simplifié ou au contraire, on dénonce le laisser-aller de la langue courante.
En général, le pluriel se forme par l’ajout d’un s à la fin du mot, sauf entre autres pour les mots en –al, qui font généralement –aux au pluriel, avec quelques exceptions. Cheval n’appartient pas aux exceptions: son pluriel demeure chevaux.
Mais qui aurait donc autorisé le pluriel *chevals?
Certains croient que, au début des années 1980, l’Académie française aurait accepté le pluriel
–als pour tous les mots en –al pendant quelque temps. Il n’existe aucune trace de cette affirmation.
D’autres pensent que ce pluriel vient de la réforme proposée en France en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française. Mais le pluriel des mots en –al ne fait pas partie des rectifications envisagées.
Quant aux dictionnaires, ils présentent toujours chevaux dans leurs dernières éditions.
Comme c’est surtout au Québec que l’on rencontre ce mythe, on pourrait croire que l’Office québécois de la langue française l’aurait recommandé. L’Office a plutôt rappelé que le pluriel de cheval est bien chevaux.
Le mythe des *chevals est souvent associé au ministère de l’Éducation du Québec, qui aurait introduit ce pluriel dans un nouveau programme. Mais aucune preuve n’existe. La rumeur a peut-être été renforcée après l’épreuve d’écriture de 1998: parmi les textes qui faisaient l’objet d’une dissertation figurait un poème de Michel Garneau, tiré du recueil Les petits chevals amoureux. On voit plusieurs fois dans ce poème les pluriels chevals et animals, mais dans ce contexte, ce sont des licences poétiques que l’auteur s’est permises; le pluriel chevaux figure aussi dans le poème.
Dernière hypothèse : le pluriel *chevals apparaîtrait-il dans un dictionnaire québécois? Aucune trace dans les plus connus, non plus que dans le logiciel Antidote, une des meilleures références sur le marché!
Ainsi, ces invisibles *chevals relèvent bien d’un mythe et devraient être proscrits.
Adapté de : Points de langue, numéro 14, 27 février 2003

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